Christine de Pizan, née à Venise en1364 et morte vers1430, est une femme de lettres écrivant en français. Elle compose des poèmes, des chroniques et des traités de morale et de politique, et vit de son travail d’écriture. La Cité des dames et Le Trésor de la cité des dames comptent parmi ses œuvres. Dans ce dernier traité, trois Dames allégoriques exposent des conseils destinés aux femmes de différentes conditions.
Si n'est mye peu de chose d'entreprendre nouvelle guerre qui ne se doit faire sans grant advis et meure deliberation & que mieulx vauldroit adviser aulcune plus convenable voye pour traire a accord par aucuns bons moyens.
– Christine De Pizan, Femme de Lettres et Philosophe du Moyen âge
Interprétation :
Dans le traité de Christine de Pizan, les Dames conseillent à la princesse de chercher une voie de paix avant d’engager une guerre. La réflexion porte sur la délibération et la médiation face aux dommages possibles.
L'une si est que quoy que le prince soit seigneur maistre des subgetz / toutesfois les subgetz font le seigneur & non mye le seigneur les subgetz.
– Christine De Pizan, Femme de Lettres et Philosophe du Moyen âge
Interprétation :
Les Dames rappellent à la princesse que le pouvoir dépend aussi de ceux sur lesquels il s’exerce. Le conseil invite à entretenir de bonnes relations avec les sujets dans le cadre politique de l’époque.
n'aura point de honte elle mesmes de vouloir sçavoir la somme de ses revenues ou de ses pensions & que les comptes de ses receveurs & despenciers de ses finances soyent a certains jours fais devant elle
– Christine De Pizan, Femme de Lettres et Philosophe du Moyen âge
Interprétation :
Les Dames recommandent à la princesse de connaître ses revenus et de faire vérifier devant elle les comptes de ses administrateurs. Le traité valorise une participation personnelle au suivi de ses ressources.
la saige princesse qui vouldra qu'il n'y ait riens a reproucher en ses faitz se gardera bien que le vice de chetiveté & de non deue echarceté ne soit point veu en elle & aussi de folle largesse qui n'est mye maindre vice.
– Christine De Pizan, Femme de Lettres et Philosophe du Moyen âge
Interprétation :
Dans le traité, la princesse est invitée à éviter aussi bien l’avarice que la dépense inconsidérée. La générosité doit être guidée par le jugement et les ressources disponibles.
Car oncques morsure de serpent coup d'espee ou autre pointure ne fut venimeuse ne si perilleuse comme langue de personne envieuse / car elle frape & tue souvent soy & autre & aucuneffois en ame & corps.
– Christine De Pizan, Femme de Lettres et Philosophe du Moyen âge
Interprétation :
Les Dames emploient une image violente pour dénoncer les effets de la médisance inspirée par l’envie. Elles appellent les femmes de la cour à se protéger mutuellement des accusations malveillantes.
Car grant avoir donne a son enfant qui luy donne science marchandise ou mestier
– Christine De Pizan, Femme de Lettres et Philosophe du Moyen âge
Interprétation :
Dans ses conseils aux familles d’artisans, le traité présente l’instruction et l’apprentissage d’un métier comme une richesse transmise à l’enfant. Les Dames insistent sur les moyens de préparer sa vie future.