Marivaux (1688–1763), né Pierre Carlet, est un dramaturge, romancier et journaliste français. Ses comédies, dont Le Jeu de l’amour et du hasard et Les Fausses Confidences, explorent les mouvements du sentiment, les rapports sociaux et les jeux de langage. Les passages retenus ici sont des répliques de ses personnages : ils prennent leur sens dans les déguisements et les épreuves amoureuses de la comédie.
Oui, dans le portrait que tu en fais, et on dit qu'il y ressemble; mais c'est un on dit, et je pourrais bien n'être pas de ce sentiment-là, moi. Il est bel homme, dit-on, et c'est presque tant pis.
Interprétation :
Dans cette réplique du Jeu de l’amour et du hasard, Silvia refuse de confondre les louanges rapportées avec son propre jugement. La comédie fait apparaître l’inquiétude qui se cache derrière le portrait idéal du futur époux.
Dans le mariage, on a plus souvent affaire à l'homme raisonnable qu'à l'aimable homme: en un mot, je ne lui demande qu'un bon caractère, et cela est plus difficile à trouver qu'on ne pense.
Interprétation :
Silvia distingue la séduction d’une rencontre des qualités nécessaires à la vie commune. Sa réplique insiste sur le caractère du futur époux, dont elle ne veut pas juger à partir de son seul agrément social.
Sa femme ne la connoît point, n'a point de commerce avec elle; elle n'est mariée qu'avec une figure qui sort d'un cabinet, qui vient à table, et qui fait expirer de langueur, de froid et d'ennui tout ce qui l'environne. N'est-ce pas là un mari bien amusant?
Interprétation :
En évoquant un mari dont l’âme reste inaccessible à sa femme, Silvia décrit la solitude au sein du couple. La dernière question est ironique : ce mariage lui paraît froid et privé de véritable échange.
Interprétation :
M.Orgon assure à Silvia qu’elle peut refuser le mariage envisagé sans chercher à le satisfaire. Dans la scène, cette formule affectueuse affirme la place de son choix personnel.
Eh bien! abuse. Va, dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l'être assez.
Interprétation :
Cette réponse de M.Orgon donne une forme plaisante à sa générosité envers Silvia. La comédie suggère ici qu’une bonté mesurée trop strictement risque de manquer son but.
j'aimerois mieux qu'il me fût permis de te demander ton coeur que d'avoir tous les biens du monde.
Interprétation :
Sous son déguisement de valet, Dorante dit préférer la possibilité d’aimer Silvia à la richesse. L’ironie dramatique tient au fait qu’il ignore encore la véritable identité de celle à qui il parle.