Citations Djami

À Hérat, Djami (1414–1492) mène une vie d’étude et d’écriture liée à la tradition soufie. Son œuvre en langue persane réunit des recueils lyriques et de longs poèmes narratifs. Les sept poèmes rassemblés sous le titre Haft awrang comptent parmi les grands ensembles de sa production. En savoir plus

Quelle peine t’agite, ô mon cœur, dans cette nuit funeste ; quel est ce poids insupportable dont tu te sens oppressé ?… Est-ce la voix du rossignol, qui, en faisant retentir les airs des accens de la douleur, te fait palpiter avec tant de violence ; ou bien ton amie dans cette nuit obscure méditerait-elle son départ ? te serait-il annoncé par ces sombres pressentimens… Ô nuit ! d’où te vient cette lenteur cruelle ? Le firmament est-il donc devenu immobile ? l’astre du jour s’est-il égaré de sa route accoutumée ?… Pourquoi le chantre du matin ne fait-il pas entendre sa voix éclatante ? pourquoi le Moézzin demeure-t-il muet au haut du minaret sacré ?… Hélas ! et je n’ai pas un ami pour recueillir mes larmes !…
Portrait Djami, Poète et mystique persan – Djami, Poète et Mystique Persan
Interprétation : Oïna vit une nuit d’angoisse amoureuse où la peur du départ de l’aimée et la solitude semblent arrêter le temps.
Suffoqué par ses sanglots, l’infortuné se tut alors, et il régna le plus profond silence. Motamer, qui était resté immobile à sa place, s’affligeait de ne s’être point laissé guider au milieu des ténèbres par la voix de cet enfant du malheur, afin de le découvrir et de lui procurer quelque consolation, ou au moins de partager ses souffrances, lorsque sa voix plaintive exprima de nouveau, dans les vers les plus passionnés, les peines, et les tourmens de l’amour.
Portrait Djami, Poète et mystique persan – Djami, Poète et Mystique Persan
Interprétation : Motamer découvre la souffrance d’Oïna et regrette de ne pas l’avoir rejoint pour le consoler ou partager sa peine.
Là, je m’abandonnais à ces rêveries délicieuses que fait naître dans l’ame le doux réveil de la nature, lorsque j’aperçus un groupe de femmes sveltes et légères, qui, tout en folâtrant comme de jeunes gazelles, s’avançaient vers moi. À leurs oreilles pendaient des perles précieuses ; de riches colliers suivaient les mouvemens de leurs seins agités ; leurs longues robes, en flottant avec grâce, exhalaient un parfum céleste, et le bruit de leurs pas faisait tressaillir. Mais l’une d’elles surtout était d’une beauté angélique ; un charme divin était répandu sur toute sa personne ; elle brûlait au milieu de ses compagnes, comme une Péri entourée de simples mortelles. À son sourire plein d’ivresse, l’ame succombait de désirs.
Portrait Djami, Poète et mystique persan – Djami, Poète et Mystique Persan
Interprétation : Dans le récit d’Oïna, le réveil de la nature accompagne une rencontre dont la beauté suscite un désir irrésistible.
Oïna soupira alors amèrement, et après un léger intervalle, il s’écria avec force : Oui ! quelle que soit la distance qui nous sépare, objet chéri, mon cœur est uni au tien par un nœud indissoluble. Cette enveloppe matérielle est seule assujétie à l’éloignement, mais l’âme active qui l’anime te saisit, malgré l’espace, de l’œil ardent de la contemplation ! Vois l’ardeur dévorante qui me consume, et rends le calme à ce cœur que tu as livré à l’agitation la plus violente. Reviens, car sans toi le paradis, malgré ses éternelles délices, ne serait plus pour moi que l’habitation d’un éternel désespoir.
Portrait Djami, Poète et mystique persan – Djami, Poète et Mystique Persan
Interprétation : Oïna affirme que l’éloignement des corps ne rompt pas le lien amoureux, devenu pour lui une condition de tout bonheur.
Quelles paroles viennent de sortir de ta bouche, jeune insensé ! lui dit Motamer du ton du reproche. L’amour d’une simple mortelle peut-il t’aveugler au point de te rendre ingrat envers l’être des êtres, de te faire mépriser l’asyle fortuné où les élus de son cœur doivent s’enivrer à jamais des plus pures voluptés ? Renonce, crois-moi, à cette passion funeste, et reprends un peu d’empire sur tes sens. — Étranger au pouvoir invincible de l’amour, lui répondit Oïna, tu ignores que le cœur où il a jeté de profondes racines, n’en eût-il recueilli pour tout fruit que la douleur et les alarmes, se révolterait contre le ciel lui-même, s’il voulait l’en arracher ! Le musc peut à la longue perdre son ravissant parfum ; le rubis, sa couleur ; le ciel, son mouvement ; la terre, sa stabilité ; mais ton souvenir, ô mon amie, ne s’effacera jamais de mon ame !
Portrait Djami, Poète et mystique persan – Djami, Poète et Mystique Persan
Interprétation : Motamer reproche à Oïna de placer son amour au-dessus du salut, tandis que celui-ci affirme ne pouvoir renoncer à un attachement aussi profond.
Cette heureuse vie se prolongea ainsi pendant plusieurs jours, et l’on songea alors à partir pour Médine. Riyâ, dans tout l’éclat d’une nouvelle épouse, fut placée dans un palanquin magnifique ; et accompagnés du plus brillant cortége, les Ansarites se mirent en route. Nos deux amans, comme s’ils craignaient qu’un bonheur qui leur avait coûté tant de larmes, ne vint à leur échapper, ne pouvaient être un seul instant séparés l’un de l’autre ; et Motamer contemplait dans le plus doux ravissement cette union touchante, à laquelle il avait si puissamment contribué. La petite caravane, sans songer à la perfidie de la fortune, traversait le désert dans la plus profonde sécurité. Déjà les minarets de Médine découvraient à leurs yeux leurs flèches élégantes, lorsqu’une troupe de brigands armés d’épées et de lances menaçantes fondit sur eux, telle une bande de loups que la faim dévore, se précipite au milieu d’un troupeau de paisibles brebis et y porte le carnage.
Portrait Djami, Poète et mystique persan – Djami, Poète et Mystique Persan
Interprétation : Le bonheur retrouvé des amants paraît encore fragile, et l’attaque de la caravane fait brutalement surgir le malheur.
Plusieurs années après, Motamer se rendit à leur sépulture, pour y payer le tribut de ses larmes : deux jeunes palmiers y avaient crû ensemble, et leurs rameaux unis semblaient indiquer qu’ils ombrageaient l’asyle de l’amour. On avait pour eux, dans tout le pays, la vénération la plus grande ; et ils n’étaient généralement connus que sous les noms d’Oïna et de Riyâ.
Portrait Djami, Poète et mystique persan – Djami, Poète et Mystique Persan
Interprétation : Les deux palmiers entrelacés deviennent dans le récit un symbole durable de l’union des amants après leur mort.

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