Citations Herman Melville

Les voyages en mer nourrissent les premiers récits d’Herman Melville (1819–1891), notamment Taïpi et Omoo. Avec Moby-Dick, publié en 1851, cet écrivain américain poursuit une ambition romanesque qui ne rencontre pas immédiatement son public. Son œuvre, qui comprend aussi des nouvelles et des poèmes, est largement redécouverte au XXe siècle. En savoir plus

Personne ne souhaite dormir à deux dans un lit, fût-ce avec son propre frère. Je ne sais comment cela se fait, mais on aime être seul quand on dort. Et quand il s’agit de dormir avec un étranger inconnu, dans une auberge inconnue d’une ville étrangère, et que cet inconnu est un harponneur, les objections se multiplient à l’infini. Même en qualité de marin, je n’avais pas plus de raison que n’importe qui de coucher à deux dans un lit ; car les marins en mer ne couchent pas plus à deux dans un lit que ne le font à terre les rois célibataires. À la vérité, ils dorment tous réunis dans la même chambrée, mais on a chacun son hamac à soi, on s’enveloppe de sa couverture personnelle, et on dort dans sa propre peau.
Portrait Herman Melville, Écrivain américain – Herman Melville, Écrivain Américain
Interprétation : Ismaël décrit le besoin d’intimité qui rend embarrassante la perspective de partager le lit d’un inconnu.
JE bourrai deux ou trois chemises dans mon vieux sac de tapisserie, le fourrai sous mon bras, et partis pour le cap Horn et le Pacifique. Ayant dit adieu à la bonne vieille ville de New-York et à l’île de Manhattan, j’arrivai sans encombre à New-Bedford. C’était en décembre, un samedi soir. Je fus très désappointé d’apprendre que le petit paquebot qui fait le service régulier de Nantucket était déjà parti, et que je n’aurai plus aucun moyen de m’y rendre avant le lundi.
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Interprétation : Ismaël commence son voyage vers les mers lointaines, mais une difficulté pratique l’oblige à attendre à New-Bedford.
Or, ayant devant moi à New-Bedford une nuit, un jour et encore la nuit suivante, avant de pouvoir m’embarquer pour le port de mon choix, il fallut, en attendant, me soucier de trouver à manger et à coucher. C’était une soirée très peu engageante, voire même sombre et sinistre, d’un froid mordant et pénible. Je ne connaissais personne dans la ville. Avec inquiétude, je jetai le grappin dans ma poche pour la sonder, et n’en tirai que quelques pièces d’argent. « Donc, où que tu ailles, Ismaël, me dis-je à part moi, arrêté au milieu d’une rue solitaire, mon sac sur l’épaule, et comparant l’obscurité côté nord aux ténèbres côté sud, où que dans ta sagesse tu décides de loger pour cette nuit, mon cher Ismaël, ne manque pas de t’informer des prix et ne sois pas trop difficile. »
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Interprétation : Seul dans une ville froide et inconnue, Ismaël ajuste son désir de logement au peu d’argent dont il dispose.
Quelles rues désolées ! Des blocs de ténèbres en guise de maisons, de chaque côté, et çà et là une chandelle qui semblait errer dans un tombeau. À cette heure de la nuit du dernier jour de la semaine, ce quartier de la ville était quasi désert. Je rencontrai bientôt une clarté fumeuse sortant d’un bâtiment bas et large, dont la porte ouverte semblait une invitation. Elle avait un aspect négligé comme celle d’un lieu public ; aussi, en entrant je commençai par trébucher contre des caisses de cendres placées sous le porche. Ha ! pensai-je, ha ! tandis que des particules voltigeantes me faisaient tousser, seraient-ce les cendres provenant de la destruction de l’antique Gomorrhe ? Mais voyons, tout à l’heure j’ai vu « Les Harpons en croix » et « Le Poisson-Épée » ? Cette auberge-ci doit donc être à l’enseigne du « Piège ». Cependant je me relevai et, entendant à l’intérieur une voix qui parlait tout haut, poussai de l’avant et ouvris une seconde porte.
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Interprétation : La recherche d’une auberge transforme les rues nocturnes en un paysage inquiétant, traversé par les associations d’idées d’Ismaël.
Mais ce qui intriguait et troublait surtout le spectateur, c’était une formidable masse noire, allongée et flexueuse, qui planait au centre du tableau par-dessus trois vagues traits verticaux, flottant dans un inouï bouillonnement d’écume. Tableau de cauchemar liquide, en vérité suffisant pour donner le vertige à une personne nerveuse. Et, malgré tout, il y avait là-dedans une sorte de majesté confuse et inaccessible, à demi réalisée, dont l’aspect attachait bel et bien, et en somme, l’on finissait par se jurer tacitement de découvrir la signification de cette merveilleuse peinture. Par instants, une idée vous traversait, brillante, mais hélas ! fallacieuse : C’était la mer Noire, à minuit, par tempête. — C’est la lutte monstrueuse des quatre éléments primordiaux. — C’est un paysage de l’hiver hyperboréen. — C’est la débâcle des glaces sur le fleuve du Temps… Mais l’une après l’autre, toutes ces imaginations achoppaient contre cette masse formidable au centre du tableau. Cette énigme résolue, tout le reste deviendrait clair… Mais, au fait, est-ce que cela ne ressemble pas un peu à un poisson gigantesque, voire au grand Léviathan lui-même ? En effet, telle paraissait bien la conception de l’artiste et je me suis arrêté finalement à cette hypothèse, corroborée par les témoignages d’un vénérable pilote que j’interrogeai là-dessus. Le tableau représentait un long-courrier pris dans un violent ouragan : le navire en perdition, à demi sombré, ne laisse plus dépasser que ses trois mâts ; et une baleine en furie qui s’efforce de bondir par-dessus est en train de s’empaler fantastiquement sur les trois pointes des mâts.
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Interprétation : Une peinture obscure oblige Ismaël à multiplier les hypothèses avant de reconnaître une scène maritime fantastique.
Je m’assis sur un vieux canapé de bois, tout garni d’inscriptions comme un banc sur la promenade des remparts. À l’autre bout, un mathurin méditatif, à califourchon dessus, ajoutait à son ornementation, en jouant activement du couteau sur la partie située entre ses jambes. Sa gravure représentait un navire toutes voiles dehors, mais c’était loin d’être un chef-d’œuvre, à mon idée.
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Interprétation : Ismaël observe avec amusement un marin qui transforme le mobilier commun en support d’une création maladroite.
Ce disant, il tira son rabot et, après avoir d’abord épousseté le banc avec un vieux foulard de soie, il se mit à raboter mon lit avec ardeur, tout en grimaçant comme un singe. Les copeaux volaient de toutes parts ; mais à la fin la lame du rabot buta contre un noeud invincible. Le patron faillit se démantibuler le poignet, et je le conjurai au nom du ciel de ne pas insister : le lit était suffisamment doux pour moi, et je ne voyais pas du tout comment tout le rabotage du monde pouvait transformer une planche de sapin en édredon moelleux. Alors, avec une nouvelle grimace, mon homme recueillit les copeaux, les jeta dans le grand poêle au milieu de la pièce et partit pour ses affaires, me laissant à mes tristes pensées.
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Interprétation : Les efforts comiques de l’aubergiste ne suffisent pas à transformer un banc dur en lit confortable.
Les gens qui ont beaucoup voyagé en acquièrent, dit-on, une parfaite aisance d’allures, un parfait aplomb en société. Pas toujours, cependant, témoin Ledyard, le grand voyageur de la nouvelle Angleterre, et Mungo-Park, l’Écossais ; ils ne possédaient pas la moindre assurance en public. Mais peut-être simplement traverser la Sibérie sur un traîneau tiré par des chiens comme fit Ledyard, ou faire une longue promenade solitaire l’estomac vide au cœur de l’Afrique noire, ce en quoi se résument les exploits de ce pauvre Mungo, ce genre de voyage, dis-je, peut n’être pas le meilleur moyen de devenir un homme du monde accompli. Ces réflexions sont occasionnées par le fait qu’après nous être tous mis à table, je m’apprêtai à entendre quelques bonnes histoires de pêche à la baleine, mais, à ma grande surprise, presque chaque assistant gardait un profond silence. Et non seulement cela, mais ils avaient l’air embarrassé. Oui, j’avais ici un tas de rudes mathurins, dont beaucoup sans la moindre vergogne avaient assailli en pleine mer de hautaines baleines — qui n’étaient pas du tout de leur connaissance — et les avaient mises à mort en duel sans sourciller ; et ici pourtant, ils étaient attablés à déjeuner avec des convives sympathiques, tous du même métier, tous de goûts apparentés, et ils se regardaient l’un l’autre aussi piteusement que s’ils n’eussent jamais perdu de vue le clocher de leur village. Un curieux spectacle, que ces ours rougissants, ces timides guerriers baleiniers !
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Interprétation : Ismaël découvre que le courage en mer et l’expérience du voyage ne garantissent pas l’aisance dans les relations sociales.
Allez considérer les symboliques harpons qui ornent les grilles de cette hautaine maison là-bas, et vous aurez la réponse à votre question. Oui, toutes ces belles maisons et ces jardins fleuris proviennent des océans Atlantique, Pacifique et Indien. Toutes, jusqu’à la dernière, elles ont été harponnées, extraites du fond de la mer et traînées jusqu’ici. Quel Alexandre pourrait accomplir un pareil exploit ?
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Interprétation : Les maisons et jardins prospères de New-Bedford apparaissent à Ismaël comme le produit de la chasse à la baleine sur les océans.
En été, la ville est agréable à voir ; des quantités de beaux érables y forment de longues avenues vert et or. Et en août, les opulents marronniers d’Inde, érigés tels des candélabres, tendent aux passants leurs thyrses dressées de fleurs blanches ou roses. Dans maints quartiers de New-Bedford, la toute-puissance de l’art a fait naître d’éclatantes terrasses de fleurs sur les arides déblais de roc jetés au rebut à la création du monde.
Portrait Herman Melville, Écrivain américain – Herman Melville, Écrivain Américain
Interprétation : La végétation embellit New-Bedford et transforme ses terrains arides en un paysage accueillant.

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