Je voulais faire l’amputation sur-le-champ, mais me trouvant à portée de consulter un de mes collègues très-habile, je m’empressai de lui demander son avis : il jugea à propos de ne point faire l’opération, persuadé qu’on pouvait conserver le membre au blessé. Je souscrivis avec peine à cette décision ; je me bornai donc à faire quelques incisions à la peau désorganisée, et à appliquer un appareil à fracture, imbibé d’eau marinée. L’état critique où je me trouvais alors, ne me permit pas de garder ce blessé, pour pouvoir l’opérer dans un autre moment. Je l’envoyai à mon ami Ribes, chirurgien de première classe, à l’hôpital de Figuières, avec invitation de l’amputer le plus promptement possible. Il n’osa prendre sur lui, avec raison, de faire une opération majeure, sans consulter ses chefs qui se trouvaient à Figuières, lesquels furent aussi d’avis de la différer. Cependant, la même nuit, toute la jambe se sphacéla, et le malade mourut le surlendemain.

– Dominique Jean Larrey, Chirurgien Français
Interprétation :
Larrey raconte un désaccord entre chirurgiens et les délais successifs qui ont précédé la mort d’un blessé.