Citations Jean Lorrain

Jean Lorrain (1855–1906), pseudonyme de Paul Duval, est un écrivain et chroniqueur de la Belle Époque. Il peint les sensibilités inquiètes, les milieux mondains et les marges de Paris dans une prose où les couleurs et les sensations occupent une grande place.

La tristesse des premières pluies, l'angoisse des jours plus courts et surtout des longues et interminables soirées d'hiver, où le cœur se sent si seul! toute la détresse de cette saison d'adieux et des départs les étreint et les détraque, les pauvres êtres malades et mal armés contre la vie, que la fatigue d'exister déprime et que la névrose obsède.
Portrait Jean Lorrain, Écrivain et chroniqueur français
– Jean Lorrain, Écrivain et Chroniqueur Français
Citation vérifiée
Interprétation : Le raccourcissement des jours fait remonter une solitude que les longues soirées rendent plus difficile à distraire.
Voici l'époque monotone où les nerfs des aimants et des sensitifs commencent à se tendre douloureux et à vibrer écorchés, mis à vif dans la mélancolie des couchants de turquoise et des ciels de vieux jade, ces horizons délicieusement nuancés comme d'anciennes étoffes, que les brumes d'octobre disposent au-dessus des silhouettes familières et des coupoles connues des monuments de Paris.
Portrait Jean Lorrain, Écrivain et chroniqueur français
– Jean Lorrain, Écrivain et Chroniqueur Français
Citation vérifiée
Interprétation : Les nuances du paysage extérieur donnent une forme visible à la fragilité intérieure.
Et la pénétrante humidité des avenues, leur frissonnement après l'ondée, le sol défoncé et mou, la chute lente, comme d'un oiseau blessé, des premières feuilles mortes, les feuilles de platane surtout, toutes minces et déjà jaunes, et dans l'air cette odeur fade de fruitier et de moisi!
Portrait Jean Lorrain, Écrivain et chroniqueur français
– Jean Lorrain, Écrivain et Chroniqueur Français
Citation vérifiée
Interprétation : La mélancolie se construit avec les sensations concrètes de l’humidité, de la chute et de l’odeur des feuilles.
Et les lourds camions, les fardiers se traînent cahin-caha le long des berges; des brigades de terrassiers bouleversent la chaussée des boulevards, et les voitures de déménagement, lamentables sous leur bâche trempée d'eau et raidie--se suivent à la file à l'entour des gares, comme pour un enterrement.
Portrait Jean Lorrain, Écrivain et chroniqueur français
– Jean Lorrain, Écrivain et Chroniqueur Français
Citation vérifiée
Interprétation : Un déplacement ordinaire devient l’image d’une séparation quand le regard est déjà chargé de tristesse.
Dans les faubourgs populeux et mornes, les marchands de marrons ont rallumé leur poêle, tandis que, dans la banlieue, les petits jardinets de villa se pavoisent de fleurs funèbres, or rouillé des chrysanthèmes à côté des velours tuyautés des dahlias et du bleu de renoncement des asters et, là-bas, sous ce rayon de soleil, le gris bleuté des ardoises avivé par la pluie, comme il brille mélancoliquement!
Portrait Jean Lorrain, Écrivain et chroniqueur français
– Jean Lorrain, Écrivain et Chroniqueur Français
Citation vérifiée
Interprétation : La vie quotidienne et les couleurs des jardins mêlent encore l’éclat à une impression de deuil.
Oui, la voilà bien la saison monotone où les nerfs des sensitifs et des malades se tendent douloureux et vont vibrer à vif dans la détresse des soirs de bourrasque et de pluie, comme les cordes roidies d'un pauvre vieux violon.
Portrait Jean Lorrain, Écrivain et chroniqueur français
– Jean Lorrain, Écrivain et Chroniqueur Français
Citation vérifiée
Interprétation : Le paysage et les intempéries semblent faire vibrer les êtres sensibles comme un instrument trop tendu.

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